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En préparant le Cercle de Femmes pour la célébration de Yule, le Solstice d’Hiver, j’ai trouvé ce texte issu du livre Les Rites et Célébrations de la Roue de l’Année de Jane Meredith. Je trouve que ce texte retranscrit admirablement l’énergie du Solstice et l’inspiration profonde de cette période et j’ai envie de vous le partager.

Le début des choses. La naissance. La naissance dans l’obscurité. Nés des ténèbres, nous entrons dans la lumière.

Au début il n’y avait rien, et puis il y a tout eu, une explosion, de la lumière et de l’énergie qui s’étendait partout. L’univers était né.

La graine se fait silencieuse, dans la terre sombre de l’hiver. Cachée là, elle pousse et envoie des racines en quêtes de nourriture. Puis la graine étend un bras au-dessus, en quête de lumière. Elle perce à travers la croûte terrestre et atteint la lumière. Elle devient.

Les jours deviennent plus froids, plus courts. La sève ralentit, les feuilles tombent des arbres, les animaux cherchent un refuge, les oiseaux partent. Le soleil brille plus brièvement et se couche plus tôt jusqu’à ce qu’il atteigne son emplacement le plus éloigné vers le pôle terrestre, et presque incroyablement, il revient le lendemain. L’année est née de nouveau.

La déesse travaille dans la nuit noire. Elle a fait naître un enfant, un fils. Elle accouche dans le monde souterrain, à minuit ou à l’aube. La naissance de son enfant est célébrée par le soleil qui est une étoile qui symbolise la croissance, la chaleur et la vie. C’est la naissance de la lumière. Il y a des réjouissances, des célébrations, un dieu qui deviendra enfant, amoureux, roi et sera sacrifié à son tour, succombant à l’embrasement de la terre en attendant sa renaissance.

Un enfant est né de la déesse Ishtar, ou est né de nouveau avec la Cerridwen celtique, ou est né de la Terre-Mère ou d’Isis dans mille mythes et récits.

Un enfant est né d’une femme dans une étable. Sa naissance est célébrée par une étoile dans les cieux. On se souvient de sa naissance chaque année, car sa vie apporte de la lumière aux gens.

Un enfant est né à l’hôpital, sous une tente, une hutte ou dans un champ. Un enfant est né dans un bidonville, un palais, une banlieue, une vielle ou un village. Un enfant est né dans une ferme, en temps de guerre, en temps de paix, dans une démocratie, dans une dictature militaire, dans un camp de réfugiés. Un enfant est né dans une commune, dans une famille, d’une mère célibataire. Un enfant est né de parents noirs, blancs, asiatiques, autochtones ou métis. Un enfant est né de sexe masculin, féminin, privilégié, riche, pauvre, en bonne santé, malade, faible, désiré, non désiré, premier-né, huitième-né, prématuré, à terme, par césarienne, après un long travail ou facilement. Un enfant est né.

C’est une nouvelle vie, inexplicable, miraculeuse et nouvelle à chaque fois.

C’est la lumière éclatante dans l’obscurité. Tout n’est que merveille, tout n’est que potentialité, une vie issue des ténèbres infinies, de la terre, du corps d’une femme, de ce qui était inimaginable juste avant.

L’enfant est nouveau, l’enfant est l’un de nous. Chacun porte la lumière en soi. Chacun naît de l’obscurité. C’est le lieu de départ, la naissance. Le mystère a été révélé encore et encore. Et pas seulement pour les hommes mais aussi pour les animaux, les arbres, les oiseaux, les reptiles et les insectes, la vie devient vie. La vie est. Chaque vie fait partie de la toile, de la danse complexe de la vie, de la Terre et du Soleil. Chaque enfant pote l’étincelle du mariage terrestre avec le divin, de la divinité elle-même. Ce moment où les cellules se rejoignent et commencent à se diviser, n’est-ce pas un miracle ? Le même genre de miracle qui aboutit à la naissance d’une étoile ou au début de l’univers lui-même ?

Le commencement est plongé dans les ténèbres. L’oiseau à naître est à l’intérieur de son œuf, la graine est dans la terre, l’enfant se forme dans l’utérus, le tout dans l’obscurité. Les commencements restent mystérieux. La naissance et la transformation ne dépendent pas de facteurs extérieurs mais ont leurs propres programmes internes, qui restent incontrôlés. Le processus de la naissance est encodé dans notre corps, le nôtre et celui de notre mère. Ce n’est pas un processus que nous devons comprendre pour qu’il se produise. Bien qu’il puisse être contrôlé de façon individuelle, il ne peut pas être réécrit, la génération suivante découle de l’encodage d’origine. Nous pouvons provoquer la transformation, offrir à notre corps et à notre esprit des circonstances qui peuvent la déclencher par le biais d’une initiation, d’une thérapie, de retraites spirituelles. Mais elle ne peut être ni contrôlée totalement ni garantie. Chacun de nous vit à plusieurs reprises au cours de sa vie une transformation ou une renaissance. 

Cette naissance et cette renaissance sont le thème du solstice d’hiver. Le processus se déroule au cours des premiers mois de l’année solaire. C’est la préparation au renouveau qui se produit dans la partie du cycle consacrée à la mort et à l’élimination des choses extérieures et matérielles. Cela inclut une période d’obscurité totale, même si cela ne dure que pendant la nuit la plus longue de l’année. En termes spirituels ou psychologiques, il s’agit de la nuit noire de l’âme.

Nous en avons une compréhension basique tant que cela concerne la Lune ou le solstice d’hiver. En ce qui concerne nos propres vies, nous ne pardonnons généralement pas. Nous structurons nos propres vies pour contenir une série infinie de succès. Nous n’encourageons pas ou ne permettons même pas souvent des périodes de dénuement, de lâcher-prise, de décroissance, pas uniquement dans notre travail, mais aussi dans nos relations ou nos activités. En cas de perte, nous ne laissons plus le temps nécessaire à une réparation naturelle. Au lieu de cela, nous forçons les choses comme on le ferait pour des plantes de serre. Le chagrin, par exemple, est inévitable, mais nous souhaitons surmonter le deuil le plus rapidement possible. Le processus graduel et naturel de prise de recul telle une chute libre dans le noir et l’inconnu, terrifie.         

Le solstice d’hiver est le point le plus bas de la Roue de l’année. Au cours des six mois précédents, tout a été terminé, est mort et a été libéré jusqu’à ce que l’espoir et la lumière renaissent au plus profond de l’hiver. La lumière ne nait pas de la lumière, mais des ténèbres. C’est précisément à ce point le plus sombre et le plus froid que la lumière est célébrée, non pas parce qu’elle est alors la plus forte, mais à cause de sa promesse. Une flamme de bougie est minuscule dans une nuit sombre, mais c’est ce sur quoi nos yeux se concentrent. Elle n’est pas plus grande que l’obscurité qui l’entoure, mais rayonne par son contraste, la lumière défie l’ombre par sa taille.

Minimiser l’obscurité n’est efficace que jusqu’à un certain point. Nous sommes des créatures de la nuit et du jour. Pendant notre sommeil, les rêves, ces vies mystérieuses que nous menons pendant que nous dormons peuvent inspirer la résolution de problèmes, les nouvelles directions et la compréhension. En plus la nuit est un moment d’intimité, de détente, de partage, d’histoires, de musique et de danse. Les ténèbres sont un lieu de mystères, d’initiation et d’amour. Le solstice d’hiver contient plusieurs de ces liens essentiels à notre bien-être.

Lorsque nous pensons à la naissance, qu’il s’agisse de la naissance d’une personne, d’un projet ou d’une année, nous réalisons que nous ne pouvons pas y arriver immédiatement. La naissance implique une conception, une grossesse et un travail. Même un projet, une nouvelle entreprise ou une relation doit passer par un processus avant de prendre vie, y compris l’inspiration, la concentration, le choix (et parfois le sacrifice), la confiance et le travail. Une femme en travail libère littéralement quelqu’un avant sa naissance pour le faire renaître dans une nouvelle identité avec la naissance de son bébé. Un nouveau départ dans la vie, qu’il s’agisse d’un changement de carrière, d’une nouvelle relation ou d’un engagement spirituel, implique le travail, la libération de l’ancien et un investissement sans réserve dans le nouveau.

Les nouvelles choses sont effrayantes, positives et alléchantes. Vous ne pouvez pas avoir ce qui est nouveau sans vous débarrasser de ce qui est ancien. L’année ne pourrait pas naître de nouveau si la précédente n’était pas achevée. Une nouvelle relation ne peut pas réussir si nous nous accrochons encore à une ancienne. Un nouveau projet exige que nous soyons présents et concentrés dans notre attention et notre énergie. Sortir du connu et aller dans l’inconnu est une chose que nous faisons tous avant chaque nouvel emploi, nouvel amour, projet, enfant ou aventure que nous entreprenons. Certains d’entre nous structurent leur vie de manière à minimiser autant que possible l’irruption de nouveautés. Nous créons une certaine sécurité dans nos emplois, nos maisons, nos mariages et nos relations et nous nous opposons au changement, préférant ce qui est connu et sûr comparativement au risque que représente la nouveauté.

Pourtant, chacun de nous vit au moins une fois l’expérience d’un changement transformateur. Nous vivons tous des moments difficiles dans notre vie, où nous perdons apparemment tout ou presque tout ce dont nous dépendons ou nous soucions. En quelque sorte, au plus profond de nous, nous expérimentons une révélation, un retour à notre être essentiel. Une renaissance. Cela nous conduit à recréer notre relation avec nos propres vies et avec nous-mêmes si profondément que nous nous sentons ensuite presque comme une autre personne. Nous sommes profondément reconnaissables. Il semble qu’avant nous vivions dans une coquille extérieure à notre personnalité, et maintenant que nous sommes ressuscités, nous sommes beaucoup plus fidèles à nous-mêmes et vivons notre vraie vie.

L’histoire continue de la vie et de la mort intègre les succès, la stabilité, la stagnation, les changements, les bouleversements, les pertes et les transformations.

L’avènement annuel du solstice d’hiver est un rappel pour célébrer le renouveau quand il arrive. Le déni et la résistance nous rendent stériles et incapables d’accepter une quelconque nouveauté, créant du ressentiment et limitant les effets de la renaissance.

Pourtant, il y a cette merveille. La lumière éclatante dans l’obscurité. Les étoiles dans le ciel nocturne. Le lever du soleil. De nouvelles feuilles sur les arbres. Une nouvelle étoile. Un oiseau sortant d’un œuf, un champ verdoyant rempli de choux. Un enfant est né.

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